Cinquante-deux ans. C’est le temps qu’aura duré la traversée du désert pour la République Démocratique du Congo. Plus d'un demi-siècle après l'épopée de 1974, les Léopards s'apprêtent enfin à fouler à nouveau la pelouse d'une Coupe du Monde. Ce billet pour l'histoire, arraché de haute lutte face à la Jamaïque, porte le sceau d'un homme qui a traversé toutes les tempêtes : Cédric Bakambu.
L’attaquant du Real Betis n’est pas seulement un buteur ; il est la mémoire vivante de cette sélection. Avec 21 réalisations au compteur, il s'impose comme le deuxième meilleur buteur de l'histoire du pays. Mais au-delà des statistiques, c'est son rôle de leader et sa résilience qui ont porté la RDC durant cette campagne historique. Impliqué sur sept buts (4 réalisations et 3 passes décisives), il a été l'étincelle nécessaire au moment où le destin semblait encore vouloir échapper aux Congolais.
La déchirure du doute
Le chemin vers ce succès ne fut pourtant pas un long fleuve tranquille. Le parcours de Bakambu en sélection a été jalonné de cicatrices. On se souvient de 2018, où le rêve s'était brisé face à la Tunisie. Quatre ans plus tard, sous l'ère Hector Cuper, le naufrage de Rabat (4-1) face au Maroc avait agi comme un véritable traumatisme national.
Pour "Bakagoal", ce fut le point de rupture. Épuisé par les désillusions et en désaccord avec la gestion technique d’alors, il annonçait son retrait de la sélection le 1er avril 2022. Ses mots d'adieu résonnaient alors comme un constat d'échec amer : « Ce fut un honneur d’avoir porté le maillot de la RDC ». On pensait alors qu'un chapitre se fermait définitivement, laissant un goût d'inachevé à une carrière internationale pourtant exemplaire.
Le renouveau sous l'ère Desabre
Il aura fallu le tact et la vision de Sébastien Desabre pour rallumer la flamme. Le technicien français a su trouver les mots pour convaincre le buteur que son histoire avec les Léopards n'était pas terminée. Son retour à Lubumbashi face à la Mauritanie fut le point de départ d'une rédemption collective. « On ne lâchera rien », clamait-il alors, transformant sa frustration passée en une détermination inébranlable.
Après une quatrième place prometteuse à la CAN en Côte d’Ivoire, Bakambu et ses coéquipiers ont continué leur montée en puissance. Aujourd'hui, le travail de l'ombre et la persévérance ont payé. En qualifiant son pays pour le plus grand événement sportif planétaire, Cédric Bakambu entre définitivement au panthéon du football congolais.
L'histoire retiendra que cet attaquant, qui a connu les doutes les plus profonds et les critiques les plus vives, n'a jamais cessé de se battre pour ses couleurs. Sa réussite est celle d'un homme qui a su transformer « l'impossible » en une réalité éclatante, redonnant au peuple congolais sa fierté sur l'échiquier mondial.

